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Coordination Européenne

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Présentation par Jeanine Kievits - CARI (Belgique) d'un diaporama exposé au congrès Apimondia le 17/09/2009 :

Evaluer le risque pour les abeilles des PPP (Produits PhytoPharmaceutiques) : un point de vue d’apiculteurs.


Jeanine se présente et nous relate son cheminement dans la lutte contre les pesticides et précise qu’un certain nombre d'actions concrètes ont déjà été menées (formalisation de la structure…). D’emblée, elle précise que la coordination européenne pointe du doigt les problèmes liés au schéma actuel d'évaluation des pesticides suite à une prise de conscience et surtout une meilleure compréhension de la manière dont sont faites les évaluations des molécules.


La problématique est la même partout : « on accuse systématiquement le varroa, il n'y aurait que cette cause à la disparition des abeilles depuis 20 ans…. A nous de prouver que ce sont les pesticides, donc à nous de payer les analyses… »


Le miel était un produit non touché par les pesticides quand les traitements se faisaient par pulvérisation. Depuis l’arrivée des produits systémiques, les productions alimentaires liées à l’abeille (miel, pollen…) peuvent être contaminées et c’est là que le bât blesse. En décortiquant les directives européennes on s’aperçoit que c’est aux industriels et aux Etats européens, aujourd’hui, de prouver que les produits qui sont autorisés à la vente ne sont pas toxiques. En effet, il existe une directive européenne (91/414/CEE) concernant la mise sur le marché des pesticides qui stipule :


« Les États membres veillent à ce qu'un produit phytopharmaceutique soit autorisé uniquement (…) s'il est établi, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques que :
(…) il n'a pas d'effet nocif direct ou indirect sur la santé humaine ou animale ou sur les eaux souterraines;
(…) il n'a pas d'influence inacceptable sur l'environnement, compte tenu particulièrement des aspects suivants : son sort et sa dissémination dans l'environnement, notamment en ce qui concerne la contamination des eaux, y compris les eaux potables et les eaux souterraines, son effet sur les espèces qui ne sont pas visées; »

 

Elle nous rappelle que tout citoyen européen a le droit d’accès aux dossiers d’AMM ou à leurs résumés et revient aux protocoles actuels d’étude des effets de certaines molécules déjà misent sur le marché et incriminées dans la disparition des insectes pollinisateurs. Ainsi, en analysant des dossiers de compagnies phytosanitaires, elle a pu constater un non respect du schéma d'évaluation des risques et la nécessité de mettre en place un nouveau schéma pour les produits systémiques qui prendrait en compte non seulement l’individu abeille mais aussi le super-organisme qu’est la colonie et leurs caractéristiques spécifiques.


Le traitement de semences modifie complètement la manière dont l’abeille est exposée aux pesticides. La pulvérisation entraine l’intoxication immédiate des butineuses par contact alors que les produits systémiques les contaminent via le nectar ou le pollen. L’empoisonnement va se faire au moment de l’ingestion, par le nectar lors de son butinage et plus tard par contact (régurgitation), par le pollen plus insidieusement et plus lentement. Les stocks de la ruche sont donc contaminés provoquant une intoxication différée du couvain et des abeilles d'intérieur. L'exposition devient chronique, constante ou répétée par contact et voie orale. La toxicité sur les larves et les abeilles n'est pas identique (l’abeille présentant une forte sensibilité aux poisons car elle possède peu de gènes de détoxification).

 

Selon J Kievits, le nouveau schéma d'évaluation pour les produits systémiques devrait donc comporter :

  1. Un test de premier seuil pour savoir si présence ou non de systémiques (détection dans nectar, pollen,propriétés physico-chimiques, modes d'application). Prendre en compte la toxicité chronique (et non la DL50) et évaluer l'exposition de l’abeille (quantités consommées via le nectar, le pollen) et surtoutla concentration du toxique, le type d’exposition (orale, contact).
  2. Une valeur de déclenchement : TER ou « ratio d’exposition au toxique » Cette valeur prendrait en compte la durée d’exposition aux toxiques et l’effet cumulatif. Ainsi lorsque ce ratio : DL50 aigue/DL50 chronique est supérieur à 2 on est en présence d’un produit dangereux car il y a accumulation.
  3. Un test de haut seuil : PEC/PNEC ou rapport entre les concentrations pour chaque catégorie d’abeille et la concentration sans effet. Mais il faut aller plus loin que les tests existants et travailler sur l’immunité, la durée de vie, la ponte de la reine… Si ce ratio est supérieur à 1, alors il y a risque.
  4. Des tests en tunnels et en champs : Les tests actuels posent problème. Il faut réussir à évaluer l'exposition spécifique à l’abeille (activité de butinage, confinement, exposition différée, durée d’exposition…), or il n'y a pas de standard pour les toxiques systémiques permettant de savoir si les ruches ont été réellement exposées aux produits lors des tests. D'où un problème de fiabilité des contrôles et donc de validation de ces tests. L’exposition aux produits se faisant sur du long terme, les tests devraient en tenir compte et être réalisés sur plusieurs années.

 

Viennent enfin les problèmes de synergies entre substances dans un même produit et produits entre eux. Des brevets sont déposés sur ces mélanges et ne sont jamais évalués. Par exemple, les traitements de semences ne sont pas des produits phytosanitaires puisque ce sont des « semences » qui sont vendues, donc il n'y a pas à les étudier... Par ce biais, les industriels se jouent de la législation. Or, les synergies entre produits chimiques, chimiques et pathogènes, les expositions aux poussières, à la rosée ou encore
par « guttation » existent.
La crédibilité des études pose problème : trop de conclusions positives malgré des erreurs de calculs flagrantes, des sous-estimations de l'exposition des abeilles…L’AFSSA demeure dans l’idée que si on n'arrive pas à montrer qu'il y a danger alors c'est que le produit n'est pas dangereux !
En conclusion, il ressort un besoin énorme d'expertise et de contrôle car chaque année de nombreux dossiers de plusieurs centaines de pages sur les produits phytosanitaires sont soumis à une administration de contrôle et de validation : l’EFSA (équivalent européen de l’AFSSA) débordée par l’ampleur de ces dossiers qui pourtant devraient être épluchés…L’intérêt de la création d’une coordination européenne dans ce contexte n’est donc plus à démonter.

 

A ce jour, voici ce qui a été réalisé :

  • Veille de sites (EFSA), collecte d’infos scientifiques, étude du FIPRONIL.
  • Création d’un réseau européen et contacts avec les ONG (lobbying européen).
  • Contacts avec les institutions (commission européenne, EPPO, ICPBR, organismes d’experts…)
  • Suivi du dossier CRUISER en France.
  • Requête en retrait de l’IMIDACLOPRIDE
  • Courrier concernant la « guttation » et complément FIPRONIL.
  • Questions parlementaires.
  • Remise d’avis sur dossiers à l’EFSA.
  • Suivi des modifications réglementaires européennes (a obtenu par exemple que le critère « cut off » qui permet de bloquer automatiquement les processus d'homologation soit inscrit dans la réglementation inhérente).


Mais il reste beaucoup à faire ! Le programme d’activité 2010 de la coordination sera le suivant :

  • Tout d’abord continuer ce qui ce fait déjà.
  • Amélioration du réseau qui se met en place.
  • Rédaction d’articles et de synthèses pour les membres.
  • Suivi des modifications réglementaires : annexes règlement pesticide, politiques agricoles (car intérêts communs avec les agriculteurs pour sortir de la dépendance des protéines oléagineuses OGM).
  • Suivi molécules pesticides.
  • Suivi des politiques agricoles.
  • Collecte et mise en commun d’informations sur les pertes de cheptel avec une caractérisation correcte, (typologie, classification…), et médiatisation. Faire admettre que seuls des signes cliniques peuvent permettre de parler de maladies de l’abeille.
  • Web list en Anglais et Espagnol
  • Amélioration des contacts avec USA


Alors, pour mener à bien ce programme et grâce aux fonds collectés jusqu’à présent, il est prévu d’embaucher une nouvelle collaboratrice : Noam.


Enfin, la première réunion de la coordination européenne se tiendra à Paris le 10/12/2009 avec pour ordre du jour : la situation dans les différents pays européens, l’organisation de la coordination (salarié, programme d’activités…).

 

 
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