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Coordination apicole : historique et positionnement

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La Coordination apicole européenne, petit historique et positionnement


Note de Jeanine Kievits, 29 mars 2010

 

Comment la Coordination apicole européenne est-elle née ?

 

A début des années ’90, sont apparues en Europe des phénomènes importants de mortalité et d’affaiblissements des ruches. Il s’agit principalement, mais pas uniquement, de la disparition des abeilles : une colonie apparemment saine voit ses abeilles déserter la ruche jusqu’à n’y laisser, parfois, que la reine seule sur les cadres, voire plus aucune abeille. Les réserves sont présentes et le couvain est abandonné. Ce phénomène n’a pas à ce jour d’explication reconnue de tous. Pour certains il serait évocateur d’un problème neurologique chez l’abeille, problème qui pourrait être relié à une maladie, virale par exemple, affectant les tissus nerveux (ce que l’anatomo-pathologie n’a pas montré à ce jour) ou encore, et c’est l’hypothèse première retenue par les apiculteurs, à une contamination des ruchers par une substance neurotoxique.

 

Cette hypothèse est d’autant plus forte dans le monde apicole, que l’apparition des problèmes coïncide dans le temps avec l’arrivée, sur le marché européen, d’insecticides  systémiques en traitement de semences ; ces insecticides, qui laissent des résidus dans le nectar et le pollen, sont des neurotoxiques comme quasi tous les insecticides d’ailleurs. Ils appartiennent principalement à la classe des néonicotinoïdes ; l’un d’entre eux (le Fipronil) est une phénylpyrazole.

 

Les législations européennes et nationales disposent qu’un pesticide agricole ne peut être mis sur le marché qu’après qu’une évaluation scientifique de ses effets ait montré qu’il n’a pas d’effets nocifs sur la santé animale ou humaine, ni d’effets inacceptables sur l’environnement. Des apiculteurs sont donc allés voir les dossiers d’évaluation des produits et des substances actives (en fait, les résumés des études scientifiques) et ont constaté que :

  • le schéma d’évaluation des risques des pesticides pour les abeilles est conçu pour évaluer principalement les effets des produits pulvérisés, mais sont insuffisants pour couvrir les effets possibles de substances contaminantes présentes dans le pollen ou le nectar ;
  • les études fournies sont fréquemment non crédibles d’un point de vue apicole
  • l’évaluation n’est pas indépendante.

En tout état de cause, il ressort des deux premiers points que l’absence d’effets inacceptables sur l’abeille n’est nullement démontrée du point de vue des apiculteurs.

 

En conséquence, une série de démarches ont été réalisées pour obtenir un schéma d’évaluation adapté et des études crédibles. Ces démarches ont amené des Unions apicoles de divers pays européens à se retrouver régulièrement autour d’une table (4 réunions entre La mi-2008 et aujourd’hui). Il en a émergé une "task-force" : la Coordination apicole européenne (CoEur par la suite) dont l’objectif premier est d’obtenir la modification des procédures d’évaluation et la réévaluation des molécules suspectées de provoquer les intoxications selon un schéma adapté et au moyen d’études crédibles.

 


Dans quelle philosophie la Coordination travaille-t-elle?

 

Actuellement, la représentation des organisations apicoles au niveau européen se fait au travers des structures agricoles qui mandatent des représentants apicoles dans la structure européenne ; dans les faits celle-ci se limite, pour ce qui est de la représentation apicole européenne, au « Groupe Miel » du Copa-Cogeca – on notera au passage que les apiculteurs ne sont pas représentés en tant que tels au sein du "Comité Phyto" de ce même Copa. S’agissant de certaines matières très précises – les pesticides agricoles et les OGM -, les positions du monde apicole diffèrent de celles du monde agricole, en particulier des organisations agricoles « classiques » qui sont rassemblées au sein du Copa. Cette divergence s’est concrètement illustrée récemment par les modifications opérées par la FNSEA dans sa représentation apicole, les grands syndicats actifs sur la question des pesticides ayant été rayés de cette représentation.

La Coordination apicole européenne est en fait née de cette divergence. Ses membres ne sont pas partisans d’une scission globale d’avec le monde agricole : les apiculteurs sont bien des agriculteurs-éleveurs, et ils vivent depuis la nuit des temps en symbiose avec le monde agricole. La Coordination n’a donc pas vocation à se pérenniser, du moins sous sa forme actuelle ; elle sert à faire entendre la voix des apiculteurs sur des sujets précis, pendant le temps de la divergence évoquée plus haut, et dans l’attente que celle-ci se résolve.

 

En matière de pesticides, la Coordination rassemble des organisations apicoles et deux syndicats agricoles qui n’ont pas vocation à militer contre les pesticides agricoles, mais ont par nature intérêt à protéger leurs abeilles d’usages susceptibles de leur nuire. Ils ne militent pas pour le bio ! A cet égard, l’usage systématique et préventif de produits phytosanitaires, surtout si les substances sont persistantes, ne peut qu’être défavorable aux abeilles. En outre, les apiculteurs et des scientifiques ont accumulé suffisamment d’indices pour que l’on puisse estimer aujourd’hui que les insecticides systémiques sont les principaux responsables de l’affaiblissement des colonies d’abeilles. Les apiculteurs défendent donc, à tout le moins, l’optique d’une agriculture intégrée c’est à dire a minima des pratiques agricoles conçues pour limiter l’usage d’intrants.

Outre les problèmes que leur pose l’usage qui est fait actuellement des pesticides, les apiculteurs sont concernés indirectement mais de près par la problématique des OGM, et cela à trois niveaux :

  • les abeilles sont des disséminateurs potentiels qui portent atteinte aux zones de sécurité ;
  • les produits apicoles sont contaminés par les OGM alors que l’apiculteur est maintenu dans l’ignorance des parcelles OGM qui pourraient toucher ses ruchers ! Il lui revient en outre de faire analyser à ses frais ses produits pour remplir ses obligations en matière d’étiquetage, alors qu’il n’est ni le responsable ni le bénéficiaire de la culture GM ;
  • enfin, si aucun effet nocif n’a été enregistré à ce jour sur l’abeille, de tels effets ne sont pas exclus ; et la transmission horizontale de gènes modifiés aux levures de l’intestin de l’abeille est démontrée.

 

En tout état de cause, il est d’ores et déjà clair que le phénomène des mortalités/affaiblissements des colonies d’abeilles a une composante environnementale. De manière générale, le modèle agricole actuel qui privilégie la monoculture et extermine lentement la nature du milieu agricole, est défavorable aux abeilles. Celles-ci s’accommoderaient mieux d’un modèle agricole diversifié, où l’usage des intrants est limité par des pratiques telles les rotations ou les traitements sur alerte, et où la nécessité du rendement n’est pas poussée au-delà des limites du raisonnable par des investissements démesurés (ceci concerne entre autres la diversité florale dans les prairies et prés de fauche).

 

Les objectifs de la Coordination sont donc précis (obtenir une évaluation correcte des risques des pesticides sur les abeilles et une réévaluation des molécules concernées par ces modifications), et ses interventions ont un caractère essentiellement technique ; toutefois ses préoccupations s’inscrivent dans le cadre large du modèle agricole européen, modèle qui est aujourd’hui en débat suite aux crises qui ont frappé récemment le monde agricole (crises sanitaires, prix du lait, prix des céréales, etc.).

 

Quelles démarches la Coordination a-t-elle réalisé jusqu’à présent ?

 

A ce jour la Coordination a agi avec les moyens du bord, en adressant des courriers aux autorités compétentes sur différents dossiers et en prenant des contacts pour faire part de ses préoccupations.

Nous avons ainsi rencontré la Commission européenne à plusieurs reprises (DG SanCo et Envi). En particulier, le 19 janvier 2007 ; nous avons rencontré Madame Patricia Brunko, alors chef de l’unité compétente de Sanco, afin de demander que soit modifié le canevas général d’évaluation et que soient prescrites des méthodes adaptées à l’évaluation des insecticides systémiques. Madame Brunko nous a confirmé que son service était bien compétent pour ce faire, mais nous a demandé de lui fournir un avis d’expert en ce sens.

L’expert usuel de la Commission pour l’établissement des règles de l’évaluation sur abeilles est, outre l’EFSA, l’Organisation européenne et méditerranéenne de la protection des plantes (OEPP ou EPPO). C’est ce dernier organisme qui est l’auteur des lignes-guides d’évaluation incluses dans les annexes de la directive 91/414/CEE relative à la mise sur le marché des pesticides.

Nous avons donc pris contact avec l’EPPO qui nous a dit n’avoir plus en interne d’expert « abeilles » ; aussi, en mai 2008, l’EPPO a-t-elle confié l’élaboration de propositions en ce sens à un organisme centré sur l’abeille, l’ICPBR (International Commission for Plant-Bee Relations). Cet organisme, coupole à caractère scientifique dont rien ne garantit l’indépendance par rapport aux intérêts privés (bon nombre de ses membres sont des scientifiques travaillant pour l’industrie) a constitué trois groupes de travail pour élaborer des propositions concernant (1) le schéma d’évaluation, (2) les tests en tunnel et en champ, (3) les tests sur les larves d’abeilles. Ces propositions ont été présentées à l’ensemble du groupe de travail consacré aux risques pour les abeilles lors d’une réunion qui s’est tenue à Bucarest, du 8 au 10 octobre 2008. Des représentants de la Coordination y ont présenté leur propre proposition de schéma d’évaluation. En outre, ils se sont opposés en séance à l’adoption des propositions des sous-groupes de travail ICPBR, sous-groupes qui sont d’ailleurs composés pour une grande part d’écotoxicologues délégués par les compagnies phytopharmaceutiques, ce qui pose problème en termes de conflits d’intérêts. Les propositions de ces sous-groupes étaient radicalement inacceptables pour le monde apicole (par exemple, pas d’évaluation de la toxicité chronique en premier seuil même si l’exposition de l’abeille est chronique). Suite à cette opposition, les apiculteurs ont obtenu un délai pour remettre avis par écrit sur les propositions de ces groupes de travail. De tels avis ont été remis en juin 2009 (schéma global d’évaluation) et en juillet 2009 (tests en tunnel et en champ). Nous n’avons jamais reçu de propositions écrites concernant les tests larvaires.

Ces propositions devaient être in fine remises à l’EPPO à qui nous avons demandé de nous en informer. L’EPPO devait recevoir ces propositions en janvier, puis février, puis mars… nous attendons toujours. L’affaire en est là.

 

Parallèlement la Coordination a été active lors du vote parlementaire du règlement (CE) 1107/2009 relatif à la mise sur le marché des pesticides. Avec l’aide d’attachés parlementaires nous avons obtenu un critère cut-off pour les abeilles ainsi qu’une déclaration de la Commission, par laquelle celle-ci s’engage à accorder une particulière attention à garantir l’utilisation de protocoles d’études qui reflètent l’exposition réelle des abeilles, incluant en particulier l’exposition par le pollen et le nectar.

 

Enfin, la Coordination a adressé plusieurs courriers à l’EFSA et à la Commission sur des points particuliers (par exemple : les compléments requis par la directive d’inclusion du Fipronil), a aidé des assistants parlementaires à poser des questions etc…

 

La Coordination et Via Campesina

 

Une rencontre a eu lieu entre Noa Simon et Janine Kievits pour la Coordination, et Gérard Choplin, le 16 février 2010, afin d’examiner les rapprochements possibles entre les deux organismes. La Coordination fait partie des premiers signataires de la « Déclaration  alimentaire européenne ». La collaboration pourrait, dans un premier temps, prendre la forme d’échanges dans le cadre des publications par exemple.

En outre, il semble important qu’à terme, le monde apicole puisse être présent en tant que tel au sein de Via Campesina. Le « groupe miel » du COPA-Cogeca réalise un travail certain mais :

  • il n’apparaît pas évident à l’heure actuelle d’y développer une thématique telle que la protection des abeilles et de l’apiculture européenne par rapport aux risques liés aux OGM et aux pesticides
  • le monde apicole questionne, on l’a vu, le modèle agricole actuel et se sent proche du modèle défendu par Voa Campesina ; et le fait d’y disposer d’une représentation constituerait à notre sens une complémentarité nécessaire par rapport aux travaux de l’actuel « groupe Miel » du COPA.

Nous demandons donc que des contacts puissent être développés en ce sens.

Mise à jour le Vendredi, 09 Avril 2010 08:23  
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